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Communiqués de presse

Dialogues en humanité
Un événement gratuit et ouvert à tous pour prendre soin de chaque humain.

Des jeunes, et des moins jeunes, de toutes origines, cultures, convictions et parcours de vie seront au rendez-vous de la 21ème édition des Dialogues en humanité qui se tiendra à Lyon du 2 au 4 juillet dans le parc de la Tête d’or à Lyon.

À Lyon, les jeunes dialoguent

Cette année, les échanges sont placés sous le thème «La voix aux jeunes». Il est d’autant plus essentiel de prendre en compte ce que la jeunesse a à dire que la pandémie de Covid-19 a bouleversé la donne. Difficulté à se projeter face à une situation instable, isolement suite à la fermeture des écoles et des universités, précarité, les jeunes payent un lourd tribu. Par ailleurs, ils sont trop rarement associés aux discussions et aux décisions alors qu’il leur revient de construire le monde de demain. D’où la nécessité d’ouvrir des espaces de parole.

Les Dialogues offrent un cadre qui permet à toutes et tous de dialoguer sur un pied d’égalité, dans l’écoute bienveillante. Ils permettent de découvrir, réfléchir, apprendre les uns des autres et inventer un mieux vivre ensemble au sein des familles, des quartiers, de la société. Ils s’articulent cette année autour de grands axes:

  • Le breakdance comme levier pour favoriser une alimentation plus saine pour tous
  • Comment sortir de la violence et des logiques d’affrontement?
  • Donner du sens à sa vie: quel sens?
  • Comment rencontrer l’autre, y compris suite à la pandémie?

Ces thèmes se retrouvent à travers une large palette d’activités: des agoras (temps d’échange sur un thème donné), des témoignages de vie croisés, des ateliers du sensible et du discernement (nouvelles expériences sensorielles), des temps de coopération-action (ébauche de projets communs) et des créations artistiques.

Citoyens, artistes, chercheurs, élus, philosophes, militants ou thérapeutes accompagneront ces trois jours pour inventer une autre façon d’être au monde et avec les autres. Parmi lesquels :

  • Arnil Nguyon, champion de France et 6è mondial de breakdance
  • Lucie Vacher, vice-présidente, déléguée à l’enfance, la famille et la jeunesse, Métropole de Lyon
  • Azdine Benyoucef, chorégraphe fondateur et directeur artistique de la Cie Second Souffle, référent culture urbaine à Givors
  • Enora Mansour, responsable du Mouvement pour une alternative non-violente
  • Jonathan Bocquet, président de l'Association Nationale des Conseils d'Enfants et de Jeunes, élu à Villeurbanne, Capitale française de la Culture 2022
  • Sol Fernandez Buman, Singa
  • Capucine Brochier, responsable de la communication de Forum Réfugiés
  • Jean Fabre, président de l'interagence des Nations Unies pour l'économie sociale et solidaire, ancien directeur adjoint du PNUD à Genève
  • Edgar Morin, penseur sociologue, qui fêtera ses cent ans en juillet

Contacts
Anaïs Mercier
amercier [at] grandlyon.com
04 26 99 34 27 / 06 98 73 67 96
www.grandlyon.com/presse
Geneviève Ancel, coordinatrice des Dialogues en humanité
gancel [at] grandlyon.com / +33 6 89 74 46 86
Catherine Bodet
cbodet [at] grandlyon.com / +33 6 19 71 57 47

 Dialogues en humanité 2021: retour sous les arbres

Libres et gratuits, les Dialogues en humanité donnent à voir les initiatives qui foisonnent, partout dans le monde, pour relever les grands défis auxquels l’humanité est confrontée. L'objectif est de ré apprendre à dialoguer et à coopérer dans le respect mutuel.

Des Dialogues pour grandir en humanité

A l’heure où l’humanité doit faire face à de grandes menaces et de nombreux défis (climatiques, économiques, sanitaires ou sociaux) et est minée par des conflits, il est vital de partager des réflexions et des expériences, d’apprendre à dialoguer afin d’élaborer des réponses tant à l’échelle de la planète qu’à celle de nos villages et de nos quartiers.
Les Dialogues en humanité offrent un cadre qui permet à toutes et tous de dialoguer sur un pied d’égalité et dans la bienveillance. Cette édition permettra aussi de relier autrement l’Afrique, l’Asie, les Amériques et l’Europe, et de braquer les projecteurs sur les nombreuses initiatives positives qui germent un peu partout.

Des activités variées et inspirantes

Pour cette édition, quatre types d’activités.
En premier lieu, les agoras. Ces discussions ouvertes à tous, sur des sujets variés, sont un incontournable des Dialogues. Au programme: Quel avenir désirable voulons-nous imaginer? Comment construire une expérience d'assemblée ou de parlement de jeunes? Quel avenir pour l'emploi des jeunes? Donner du sens à sa vie. Quel sens?
En complément, des temps de coopération-action pour élaborer des solutions pratiques. D’autres temps seront consacrés à des récits de vie de personnalités engagées.
Des ateliers, animés par des artistes, des sportifs, des scientifiques, auront lieu en vue d’éveiller notre sensibilité.
Des performances musicales et artistiques seront aussi au rendez-vous. Elles sont l’occasion d’éveiller notre créativité et de raconter le monde autrement

Informations presse

Pour réveiller notre pouvoir d'agir

La période singulière que nous abordons est souvent présentée comme un inquiétant mélange de crise sanitaire, économique, sociale et d’urgence climatique. C’est pourquoi l’équipe des Dialogues en humanité comme ses partenaires locaux et internationaux, veulent réaffirmer l’importance du dialogue face à la violence, de redire le besoin de débat démocratique face à des pouvoirs autoritaires ou sourds qui cherchent à prendre le dessus. Prendre soin les uns des autres, échanger, apprendre, partager, s’avère plus que jamais nécessaire.

En parallèle de nouvelles expériences en ligne ont rendu possible malgré tout de belles perspectives. L’ouverture sur le monde, dans l’ADN des Dialogues depuis leur création, se trouve ainsi renforcée. Qu’on se trouve dans le Vieux Lyon, à Salvador de Bahia, Montréal, Dakar ou Cotonou, dans l’Himalaya ou sur son balcon parisien, tout le monde peut aussi se retrouver sous les arbres pour dialoguer!

Alors comment réveiller et élargir notre pouvoir d’agir et notre force citoyenne? Comment créer des solidarités sans laisser personne sur le bord de la route? Les intelligences interconnectées et les sagesses du monde conjuguées peuvent-elles nous permettre de grandir en humanité, de réussir l’anthropocène, cette nouvelle ère de l’aventure humaine?

Le défi? Changer radicalement de posture, à l’image des pilotes de chasse devenus astronautes. Eux qui avaient une posture de guerre, de domination en surplomb, changent de regard en découvrant notre planète terre depuis l’espace et parlent alors d’émerveillement, du sentiment de fragilité et de responsabilité à l’égard de l’ensemble de l’humanité et du Vivant!

Faisons le pari qu’en apprenant à prendre soin de nous mêmes, de nos compagnons de route en humanité et de nos autres compagnons de vie, nous serons prêts à devenir pour de bon des homo sapiens-sapiens.
Cela vous fait bien envie, mais vous ne savez pas par où prendre les questions?

Le plus simple, c’est d’abord de se relier à celles et ceux qui sont déjà porteurs de cette belle énergie, qui œuvrent déjà pour l’amélioration du monde. Dans la multitude d’activités proposées pendant ces trois journées, il y a certainement de quoi se donner de la force pour repartir œuvrer de son côté!

Interview

Catherine Dolto, Grandir en humanité ou disparaître, interview par Muriel Scibilia

L’être humain étant capable du meilleur comme du pire, comment l’amener à opter pour les valeurs d’humanité face à une situation planétaire des plus périlleuses? Tel est le cœur de la réflexion que mène Catherine Dolto sur l’élaboration d’une théorie de l’humanisation. Pédiatre et auteure réputée, elle a choisi de partager son cheminement avec les Dialogues en humanité.

Catherine Dolto, médecin
haptothérapeute, présidente du
CIRDHFV (centre international
de recherche et de développement
de l’haptonomie)

Auteur de livres pour enfants
et adolescents chez
Gallimard jeunesse Giboulées
Crédit photo: David Bordes

Crédit photo: David Bordes

 

L'article de Catherine Dolto: Grandir en humanité ou disparaître, en savoir plus

Est- ce que l’évolution de l’être humain depuis son apparition sur terre nous a préparé à affronter les défis auxquels nous devons faire face au 21ème siècle?

Notre espèce est depuis peu entrée en état d’urgence. La menace climatique et écologique exige une réorganisation vitale. Aucun des systèmes éducatifs qui se sont succédés depuis l’hominisation n’ont permis àl’espèce humaine de se vivre comme un seul peuple habitant une planète unique qu’il faut se partager et respecter. Or, il y a urgence.

De quelle urgence parlez-vous?

Ce n’est pas la planète qui est en danger, c’est l’espèce humaine dont les capacités d’adaptation sont beaucoup plus limitées que celle de la nature. Si nous ne réagissons pas rapidement, nous allons vers des catastrophes. Les conséquences du changement climatique peuvent aussi conduire à toutes formes de violences, dont des guerres. En tant qu’homo sapiens doué de parole et de pensée, conscient de soi et de ses actes, capable de penser notre mort et celle des autres, il nous revient de relever le défi. Individuellement et collectivement, c’est une immense responsabilité.

Comment contrer ces mouvements de régression que l’on constate dans divers domaines?

En éduquant. Grace aux avancés technologiques, le petit mammifère humain n’a jamais eu autant de pouvoir ; en même temps, on constate qu’il régresse et se transforme en bébé consommateur. Or, la rencontre entre beaucoup de pouvoir et moins de conscience est très dangereuse. Si on ne tire pas tout le temps l’être humain vers les valeurs d’humanité, il aura tendance à abuser de son pouvoir. En dernière instance, le pouvoir, c’est la bombe atomique.

De l’humain augmenté au tourisme spatial, l’homo sapiens du 21ème siècle semble vouloir dépasser toutes les limites.

Le refus des limites touche tous les domaines, y compris celui du genre. Ce qui est mis en avant, c’est la liberté de jouir. C’est dangereux. Quand les enfants sont trop puissants, ça les angoisse. Ce qui les rassure, c’est d’être contenus d’une manière sécurisante sur le plan affectif sans que ce soit humiliant. L’espèce humaine, ce n’est jamais qu’une agglomération d’enfants plus ou moins matures, parfois déguisés en adultes. Dès lors que nous avons la possibilité de tout ou presque, en tant qu’espèce, nous devons nous demander si nous avons tous les droits. Plus nous avançons, plus nous sommes appelés à travailler la question d’une éthique d’un humain qui se reconnait comme universel et partage une seule planète.

N’est-il pas déjà trop tard?

Si je m’investis dans les Dialogues en humanité c’est bien parce que je ne me donne pas le droit de me laisser aller à l’inertie ou au défaitisme. Il est plus que jamais vital d’oser se mouvoir plutôt que d’attendre dans la crainte. Il n’en demeure pas moins qu’une petite part de moi a peur.

En quoi la peur peut-elle freiner l’engagement?

Les passages de seuil font peur a beaucoup d’entre nous et peuvent amener à accepter l’inacceptable. Au départ, la peur est un sentiment indispensable au développement de l’humain. Un enfant qui n’aurait peur de rien pourrait se tuer. D’où la nécessité de lui apprendre le mode d’emploi de sa peur, en reconnaître les signes, s’en servir, comprendre en quoi elle s’enracine dans son histoire. Faute d’être identifiée, elle peut l’empêcher de penser, de bouger, d’entreprendre. La peur nous inscrit dans l’espace et dans le temps: elle ne prend pas la même forme selon que l’on grandit dans la savane ou dans une grande ville ; nos peurs sont aussi celles de nos parents depuis la vie prénatale et celles de nos ancêtres. Quand on sait cela, on dispose de certains outils pour ne pas être le jouet de sa peur.

La peur n’est-elle pas aussi un facteur de destruction?

Elle peut nous paralyser, nous empêcher de choisir le chemin fait pour nous au risque de nous amener à renoncer à nos valeurs d’humanité et à devenir plus lâche. Avec la crise du coronavirus, pas mal de gens que l’on croyait sensés se sont mis à dérailler, à s’allier au complotisme ou/et développer des conduites phobiques. Au niveau politique, la peur de ne pas être élu, d’être rejeté amène à prendre des décisions qui ne sont pas toujours les plus adéquates. Le confinement, par exemple a en partie été dicté par la peur que l’on découvre combien notre système de santé a été dégradé.

En tendant vers plus d’humanisation, comment contrer cette violence qui explose à tous les niveaux, y compris au sein d’un couple ou entre les parents et les enfants?

La violence n’est pas forcément plus grande qu’autrefois, mais elle change de forme et prend plus place dans nos vies. Elle est très présente à travers des images qui font vendre. Normalement, quand un être humain en voit un autre se faire sauvagement attaquer, il ressent une émotion, il peut être révolté ou en proie à un combat intérieur quant à savoir s’il intervient ou pas. En étant tous les jours confrontés à des morts, réelles ou fictives, via divers écrans, tout se banalise, les sensations s’émoussent. Des enfants peuvent n’éprouver aucune émotion devant des faits qui devraient les bouleverser et les scandaliser. Cette surabondance d’images peut induire une perte de sens. Presque tout semble permis. Les codes étant multiples, aucun ne vaut plus qu’un autre. Si l’enfant n’a pas été éduqué, il s’habitue - la capacité d’adaptation est le propre de l’être humain. Or, je fais l’hypothèse qu’il y a bien un code universel et qu’il importe d’interroger ce qu’est un être humain.

Faut-il dire à un enfant qu’il a le droit de penser ce qu’il veut, d’avoir envie de tuer, mais seulement en pensées?

Nous pouvons dire « Tu vois celui qui vient de me faire une queue de poisson, j’ai bien envie de l’exploser, mais cette envie ne dure pas longtemps, et ce n’est qu’une pensée. » Il est important de savoir que nous avons ce type de pulsion en nous, de la reconnaître, de la nommer et de ne pas culpabiliser. Ce qui est interdit, c’est le passage à l’acte. Notre animalité s’humanise en la disant. Si nous n’apprenons pas à la dompter, c’est elle qui nous manipule.

Il n’y a pas le même potentiel « animal » chez chaque humain?

Il faut apprendre aux enfants à repérer ce qui relève de l’animalité en eux, comme les besoins physiologiques, et le fait qu’ils peuvent avoir tout d’un coup envie de tuer l’autre. C’est comme les meurtres dans les dessins animés, on détruit l’autre, on l’éclate puis il revient à la vie. Un enfant de 3-4 ans voudrait tuer l’autre pour 10 minutes. C’est normal. Si c’est parlé, dédramatisé, qu’on peut en rire, il est possible d’en faire quelque chose. Il est essentiel de comprendre l’articulation entre l’aggredior, qui est une force de vie, et l’agressivité. L’aggregior, qui est la face saine de l’agressivité, est plus ou moins puissant selon les humains. Quand on se balade dans un service de néonatalogie, on voit bien quels sont les bébés qui veulent vivre. Faute d’une éducation adéquate, cette force peut amener l’enfant à basculer dans l’agressivité et dans la violence. C’est cette force qui fait que les enfants qui vont bien, jusqu’à l’âge de 6-7 ans, font du bruit et dérangent. C’est normal. Si on ne veut pas ça, il faut se contenter d’avoir des poissons rouges. Plus tard, ces enfants pleins de forces peuvent avoir du mal à entrer dans le moule. Cette force, qui n’est ni bonne ni mauvaise, est perçue comme étant négative parce que l’éducation n’a pas encore fait son travail. Il revient aux parents d’en transmettre le mode d’emploi. Or ces enfants pleins d’aggrédior, qui sont les plus intéressants pour une société, sont souvent stigmatisés, culpabilisés et mis en insécurité affective. Soit, ils réagissent en mettant une chape de plomb et éteignent en même temps leur intelligence, soit ils dévoient cette force en agressivité et la tournent vers l’autre. Il importe d’établir un lien harmonieux entre notre animalité pulsionnelle, nos capacités intellectuelles, et notre quête de sécurité affective. Ce qui n’est pas inné, cet équilibre est une construction.

Cette force de vie relève-t-elle de quelque chose de mystérieux où prend-elle sa source dans la vie prénatale?

Les deux. Il y a une grosse influence épigénétique de la vie prénatale ; en même temps, en arrière fond, il y a le mystère des potentialités de chaque enfant qui vient en partie du marché chromosomique qu’il a fait quand il s’est incarné.

Le besoin de sécurité affective est-il présent dès l’origine de l’humanité ou est-ce la résultante d’une évolution sociétale?

Notre statut d’animal pensant et notre situation nidicole, qui nous oblige à dépendre des grands pendant de nombreuses années, laisse chez chacun d’entre nous une incertitude par rapport à notre capacité de supporter la solitude. En arrière fond, la terreur de l’abandon qui est synonyme de mort. Cette dimension est présente dans l’histoire de nos parents comme dans celle de leurs parents, etc… Il y a aussi les peurs collectives. L’histoire de l’humanité est d’abord une histoire guerrière. A l’époque du paléolithique, la menace était constante ; la sédentarisation a aussi été porteuse de menaces. Il a donc fallu s’organiser pour contrer ce qui était perçu comme menaçant, y compris sur le plan fantasmatique. L’hominisation s’est faite dans un mode dangereux et hostile. Se protéger, choisir des chefs puissants et agressifs était un gage de survie du groupe. L’hominisation, c’est le passage du singe à l’humain. L’humanisation, c’est se reconnaitre en tant que mammifère tout en dépassant son animalité. Lorsqu’un bébé arrive au monde, il n’existe pas seulement en tant que mammifère, spécimen de l’espèce c’est aussi l’enfant de quelqu’un et quelqu’une, inscrit dans un lignage, une histoire, prenant place dans le monde des humains, il se reconnait comme tel et reconnait les autres en tant que tel. Ce qui induit la reconnaissance d’un ensemble de valeurs dont certaines restent à définir. C’est l’autre qui nous constitue comme Sujet en nous interpellant comme tel.

Qu’est-ce que la sécurité affective et ce besoin est-il le même selon que l’on nait à Genève ou dans un bidonville de Bombay?

La sécurité affective nécessite d’être reconnu comme bon et accepté pour ce que l’on est, de disposer d’un cadre qui nous permette de nous inscrire dans l’espace et dans le temps, d’être contenu, de nous enraciner dans l’histoire de nos ancêtres ; cette dernière nous étant transmise par des adultes tutélaires qui font ce qu’il faut pour que l’on ne se sente pas abandonné et qui nous sécurisent dans leur façon de gérer le temps. Cette quête est universelle. Cependant, un enfant qui grandit dans un bidonville de Bombay n’a pas d’autre choix que d’apprendre à trouver cette sécurité qu’en lui-même alors que dans nos cultures nous surprotégeons nos enfants. Dans certains cas, cela peut relever de la maltraitance dans la mesure où ce qui est transmis à l’enfant c’est qu’il n’est pas capable de se débrouiller. Or, sans épreuves et sans échecs, on ne se construit pas. Il ne s’agit pas pour autant de pointer les échecs: « Ah, je t’avais bien dit qu’il ne fallait pas faire comme ça », mais de dire plutôt, « D’accord, tu n’as pas réussi, mais c’est comme ça qu’on apprend. » La sécurité affective ce n’est pas la surprotection.

Quelles seraient les composantes d’une autre éducation

Elle s’articule autour de trois éléments: se « déségocentrer », c’est-à-dire apprendre à tenir compte de l’autre, parler du vrai et du faux et se former au discernement. Par nature le nouveau-né est autocentré donc égocentré. Ayant perdu une grande partie des capacités qu’il avait en tant que fœtus, il a besoin d’être nourri et qu’on s’occupe de lui constamment. Son geste est centripète. Une fois la marche acquise, il faut l’inciter à aller vers le monde extérieur, à y prendre des choses ou des idées, à les transformer pour les restituer aux autres. Peu à peu il devient centrifuge. L’éducation est un long processus de déségocentration. Il importe aussi de parler à l’enfant de son état de mammifère, de son animalité, de toujours donner sens à ce qu’on lui fait vivre. C’est le sens qui amène la conscience et l’intelligence. Si on traverse une ville comme Paris avec un enfant à l’arrière de la voiture, et qu’il nous voit nous énerver et insulter d’autres conducteurs, il est confronté à du pulsionnel non contrôlé. Ce n’est pas dès lors que c’est parlé. On peut dire « Tu vois, sur ce coup-là je n’ai pas été très courageux ». » ou encore « j’ai été vraiment mal poli. Ce n’est pas ce que je souhaite que tu prennes chez moi » Il importe de mettre des mots sur tout ce qui se passe que l’enfant soit directement impliqué ou pas, de mettre des mots sur nos failles pour ne pas lui faire croire que nous sommes parfaits puisque ce n’est jamais vrai.

Le risque n’est -il pas d’envahir l’enfant avec trop de mots?

C’est bien sûr un danger. On peut pourrir un enfant en le submergeant de mots qui n’ont pas de sens, qui ne lui servent pas ou qui ne lui sont pas adressés. Le silence fait aussi partie de la parole. Parler, ce n’est pas juste faire du bruit avec sa bouche, les mots sont chargés de sens. La parole est un art propre aux humains: on ne peut pas dire n’importe quoi, n’importe quand, à n’importe qui. Encore faut-il parler vrai. Ce qui signifie que l’on ne doit pas dire tout ce qui nous passe par la tête, mais tenir compte de ce que l’enfant peut en faire et de ce qui le regarde et de ne pas faire de lui un voyeur indiscret de la vie des grandes personnes.

S’agit-il par ailleurs de connecter ou reconnecter l’enfant avec ses besoins?

Oui mais aussi avec son ressenti, ses émotions et ses sentiments. Il faut apprendre aux enfants à se repérer parmi la forêt de perceptions qui entrainent des émotions puis font naitre des sentiments. Apprendre à discerner parmi les perceptions, à y être attentif, qu’elles viennent de l’intérieur ou de l’extérieur. Il a besoin d’apprendre à discerner ce qui est bon ou mauvais pour lui, juste ou pas juste, vrai ou faux, S’il ne sait pas faire ce tri, il est perdu. Surtout dans une société où l’offre est surabondante par rapport aux capacités d’absorption d’un cerveau normal.

Parmi les très nombreuses activités proposées par les Dialogues en humanité, beaucoup portent sur l’apprentissage au discernement, diriez-vous qu’il est en perte de vitesse

L’un des traits qui distingue l’humain des autres mammifères, c’est sa capacité de se réinventer à chaque étape de sa vie. C’est une source de créativité magnifique mais aussi une source de complexité, pas toujours facile à maîtriser quand on n’a pas développé son discernement. Quand le monde était moins complexe et que les codes moraux étaient forts, il était plus facile d’éduquer le discernement, notamment en prenant du temps pour parler de la grande question du bien et du mal, du vrai ou du faux, ces notions sont de plus en plus floues. Face à une sensation, une perception nouvelle, il importe de dire à un enfant: « Est-ce que tu crois que c’est bon pour toi? Est-ce que c’est beau? Est-ce que c’est juste? » Si ces questions ne sont pas posées, l’enfant arrive dans un monde où tout est offert. Du coup, il ne peut rien choisir. Il est comme coincé sur place par une jouissance, par une promesse de bonheur qui n’est jamais tenue. Et moins elle sera tenue, moins il se construira.

Qu’est ce qui peut générer la confiance dans les rapports humains?

La confiance est une composante essentielle, aucun humain ne peut survivre s’il ne fait pas confiance aux autres. En même temps, quand on est trop confiant, on peut se faire avoir. D’où la nécessité d’apprendre aux enfants à détecter les signes de « non fiabilité » chez l’autre. Être entouré de gens non fiables est très désécurisant sur le plan affectif. Il lui faut aussi intégrer l’idée qu’il risque d’être trahi un certain nombre de fois au cours de sa vie, c’est la règle du jeu, on l’apprend peu à peu, chacun à sa manière. Cela vaut mieux plutôt que de constamment vivre dans la méfiance, ce qui est très destructeur et fausse toutes les relations.

En quoi la conscience de notre animalité peut servir notre humanisation et l’humanité?

Notre animalité, c’est ce qui induit notre envie de survivre, alors que notre l’humanité, c’est ce qui nous permet de dire je préfère ne pas survivre mais rester vivant. Un humain qui échappe d’un incendie en piétinant d’autres humains perd son âme. C’est un survivant mais est-il encore vivant? Il s’agit de comprendre comment gérer ces allers-retours constants entre une animalité, qui veut jouir et survivre à tout prix, et notre humanité qui nous dit qu’en nous laissant aller à commettre tel ou tel acte, nous ne ferons plus partie du peuple des humains mais de celui des mammifères terriens. Être humain, c’est avoir une conscience et s’en servir. Cette conscience est aussi porteuse de notre part d’ombre qu’il nous revient de gérer. Nous devons toujours rester le chef de notre part d’ombre dans la mesure où nous avons suffisamment développé notre ressenti pour la percevoir. Plus on nie sa part d’animalité et sa part d’ombre, plus on risque de devenir un salaud. Plus on la connait, plus on est à même de faire avec. C’est un choix, un vrai boulot. Notre dignité c’est de nous savoir imparfaits et d’accepter cela avec humilité tout en tendant sans cesse vers une vie plus éthique. Tout ça se parle et s’éduque. Chez les animaux, prendre la vie d’un autre est un impératif de survie. Nous pourrions nous dire qu’en tant qu’humains, nous sommes capables de faire la différence entre la vie et la survie. Notre ambition pourrait être de décider de ne plus prendre aucune vie, de chercher à être vivant plutôt que survivant. Ce qui implique d’être conscient de ce nous imposons aux autres.

Sommes-nous désormais obligés de développer cette conscience planétaire chez les enfants?

Ceux qui ont conscience des enjeux ne peuvent pas faire autrement. Mais ils sont encore beaucoup à penser qu’élever un enfant c’est lui permettre de jouir de la vie et de la société. Ils ne parlent que du bonheur « Je veux qu’il soit heureux ». On devrait ajouter « J’aimerais qu’il développe ses valeurs d’humanité ». Nous devons nous penser comme étant une seule famille humaine. En tant que telle, nous devons nous soutenir mutuellement, l’empathie, l’entraide, la confirmation affective sont les conditions de l’établissement du sentiment de sécurité affective. Ce qui change tout.

Geneviève Ancel, coordinatrice des Dialogues en humanité, propos recueillis par Muriel Scibilia

D’où viennent les Dialogues en humanité?

Ils sont nés d'un constat lors du Sommet de la terre en 2002 en Afrique du Sud:
bien que les crises sociales, écologiques et autres qui secouent nos sociétés soient produites par les êtres humains, aucun événement international ne traitait de la question humaine en tant que telle. Afin d'inventer une autre façon d’être au monde, de résister et de se relier les uns aux autres, il fallait placer cette question sur le plan politique. Cela cadrait avec la tradition humaniste de Lyon.

Quelles sont les particularités de ces Dialogues citoyen?

Un premier fil rouge relie les activités multiformes que nous proposons:
il importe d’agir sur nos comportements individuels et collectifs car nous sommes responsables de la plupart des problèmes dont souffre la planète. Or, il n'y a pas de transformation sociale sans transformation personnelle. Autre spécificité, nous invitons au dialogue, pas au débat; c’est-à-dire à l'écoute et l’échange bienveillants. Un dialogue entre «tous les univers», toutes les convictions et toutes les générations. Nous avons aussi opté pour un brassage convivial. Des personnes en grande précarité peuvent échanger sur un pied d’égalité avec des personnalités de stature nationale ou mondiale. Il n’y a pas d’un côté des conférences au cours desquelles des «sachants» parlent à des «ignorants» et de l’autre des activités pratiques ou artistiques.

Comment sont choisis les thèmes de chaque année?

Par un processus auquel peuvent participer tous ceux qui le souhaitent. Une sorte de laboratoire de la prise de décisions à partir de la diversité. C'est lent! Le programme 2021 La voix aux jeunes! est structuré autour de  grands axes qui constituent autant de «parcours» thématiques que l’on peut suivre à travers les activités ou croiser à sa guise, ce qui permet de découvrir les diverses facettes d’une thématique ou de faire des liens entre les thèmes

Quel peut-être le déroulé d’une journée dans le parc?

D'abord le «temps du rien»:
flâner, faire des rencontres... Puis on peut aller à la Roseraie pour faire connaissance et partager les vécus de la veille. On participe à des ateliers, on échange des idées dans une agora, on écoute de la musique ou de la poésie... Au repas on découvre d’autres manières de cuisiner, des produits locaux, de la vaisselle biodégradable ou lavable, etc.

Pourquoi avoir organisé les échanges sous la forme d’agora?

Les Dialogues ne sont pas une succession de colloques. Ils reprennent la pratique ancestrale de l’arbre à palabre sous lequel on se rassemble en Afrique pour échanger, régler les conflits et préserver le lien social. On réfléchit ensemble sous les arbres du Parc. Être en cercle favorise la circulation de la parole. Des facilitateurs veillent au respect de quelques principes:
simplicité, liberté de propos, écoute bienveillante, respect et égalité de tous devant la question humaine.
«Sous l’arbre à palabre, chacun écoute les autres, dit ce qu’il a à dire et repart en paix.»

Pourquoi accordez une telle importance aux activités artistiques?

En nous offrant une part de leur sensibilité, les artistes nous aident à sortir des cloisonnements et à éveiller notre créativité. Cette année, il y aura plusieurs propositions de danse urbaine, des parcours poétiques et théâtraux. De l'humour aussi!

Quel rapport entre les activités dans le Vieux Lyon ou de Givors et celles du Parc de la Tête d’or?

Elles sont en lien!
Quel que soit le territoire, les Dialogues en humanité proposent des initiatives qui réaffirment les valeurs lyonnaises d’ouverture au monde et aux cultures, de fraternité et de solidarité.

Les Dialogues permettent-ils de développer des réseaux?

Des réseaux se créent ou se renforcent quand les Dialogues suscitent de nouvelles initiatives ou font évoluer des projets existants. Sans oublier le réseau des Dialogues eux-mêmes qui ont déjà essaimé dans une centaine de villes et pays.

La forme des Dialogues a-t-elle changé au fil des années?

Elle s’est enrichie. A l’origine, il s’agissait de permettre à des personnes engagées à transformer la société de se retrouver et puiser de nouvelles forces. Désormais beaucoup de citoyens s'intéressent aux thématiques et activités que nous proposons, comme en témoigne la fréquentation en augmentation constante: quelques 10 000 personnes passent par le parc de la tête d’or, ou se retrouvent en ligne. 
Les Dialogues sont ainsi devenus un espace d’échanges gratuit et ouvert à tous partout dans le monde: parents, enfants, curieux, artisans, chercheurs, danseurs, ouvriers, philosophes, militants, écrivains, étudiants, comédiens, chefs d’entreprises, élus, poètes et danseurs.

Dossier d’information

Pour construire le monde qui commence / building the new world
https://dialoguesenhumanite.org/nouvelle/pour-construire-le-monde-qui-commenceb…

Les Dialogues en humanité relèvent le défi du numérique
https://dialoguesenhumanite.org/nouvelle/les-dialogues-en-humanite-relevent-le-…

Les nouveaux collectifs citoyens
https://dialoguesenhumanite.org/reseau-international/les-nouveaux-collectifs-ci…

Dialogues en humanité: questions-réponses

Qu’est-ce que les Dialogues en humanité?

Dialogues en humanité sont des rencontres citoyennes du bien vivre à Lyon, au Parc de la tête d’or, chaque premier week-end de juillet. Même en virtuel ou en ligne, par l’invitation à prendre soin de chaque humain, les Dialogues en humanité proposent régulièrement de multiples activités dont le fil rouge est de grandir en humanité et de développer une citoyenneté de la terre, une société du bien vivre. Ces Dialogues sont gratuits et la participation est libre.

Comment sont nés les Dialogues en humanité?

L’idée des Dialogues en humanité est née en 2002, lors du Sommet mondial de Johannesburg sur le développement durable. La première édition lyonnaise, en juin 2003, a rassemblé 80 invités issus de tous les milieux et de tous les continents. Depuis 2006, pour élargir la démarche, les arbres du parc ont permis de revisiter l’arbre à palabre à l’africaine.

Quel est le but de Dialogues en humanité?

Créer un espace de dialogue,de réflexion et de coopération dans lequel les porteurs de solutions invitent à sortir du sentiment d’impuissance et d’indifférence. Face aux grands défis auxquels l’humanité est confrontée,  des liens se tissent pour faire vivre de multiples initiatives, par la rencontre et le faire ensemble.

Comment les Dialogues fonctionnent-il exactement?

Les Dialogues en humanité s’articulent autour d’un programme varié, structuré autour de trois éléments principaux: les agoras en cercle, les ateliers du sensible et les créations artistiques qui rythment la journée. Les agoras sont des moments d’échange bienveillant autour de différents thèmes, qui se tiennent sous les arbres du parc de la Tête d’Or. Quant aux quelques 50 ateliers, il s’agit d’activités ludiques, corporelles, comportementales ou d’initiations artistiques sur de sujets qui vont d'un parcours d'exil à la fresque du climat, à des méthodes innovantes de réduction des déchets à la source.

Quel est l’objectif des Dialogues en humanité?

Les Dialogues en humanités regroupent chaque année des acteurs de tous horizons pour partager des initiatives porteuses de changement et construire une citoyenneté fraternelle. Notre ambition est de découvrir ce qui fait obstacle à la bienveillance, à l’équité, à la justice, à la paix mais aussi de préserver le climat. Ces Dialogues abondent d’incitations à réfléchir et dialoguer sur les questions essentielles ou d’actualité qui interrogent qui nous sommes et comment les individus et communautés structurent les rapports entre eux et avec la nature. Il permet de découvrir de multiples initiatives prises dans divers pays sur tous les continents pour construire un monde plus équitable.

Quelle dimension internationale?

Depuis 2009, l’essaimage a gagné HEM Rabat au Maroc, Fireflies à Bangalore en Inde, Salvador de Bahia au Brésil, Genshagen près de Berlin en Allemagne. Et, depuis, d’autres personnes sur différents territoires lui donnent vie: à Addis Abeba et Dire Dawa en Ethiopie, Porto Novo, Ouida, Cotonou au Bénin, Lomé au Togo, Bangui en Centrafrique, Abou Gosh, Foz do Iguaçu, Rio de Janeiro, Terra Mirim, Itacaré au Brésil, Hammamet, Tunis, Villeurbanne, Festival D’art et D’air Lyon La Duchère, Festival des Passants Place Bahadourian à Lyon, Vieux Lyon en humanité, Défistival à Paris, Prato près de Florence en Italie, Bruxelles, Londres, Barcelone, des lieux plus ruraux comme Le Pradier près de Moutiers, Saint Boingt, Les Monts de la Madeleine, ou plus urbains comme à Voiron, Grenoble, Strasbourg, Bischheim, Roanne, Seattle, Boston, Montréal, Tombouctou, Chandigarh, Auroville, Pondicherry, Kabini près de Mysore, Genève, Yerevan, Oran; également au coeur d'universités et d'entreprises au management humain

Nous nous inspirons d’autres initiatives comme le Collectif richesse, Meeting Rivers, Pipaltree et Climate South Asia, Brecho Eco Solidario, Akademie Unter den Baümen, Une âme pour la mondialisation, Cultivando Agua Boa, mais aussi le Forum Social Mondial depuis Porto Alegre, Bellem ou Mumbai, Viral Open Space, Archipel citoyen Osons les Jours Heureux, Tavola della Pace, Agora des habitants de la Terre, AfTerre, Négawatt, Sadhanaforest, Mains d’Oeuvres, Pluriverse Kalpraviksh

On en parle dans la presse

Dialogues en humanité: un festival citoyen du 3 au 5 juillet - L'Optimisme

https://www.loptimisme.com/dialogues-en-humanite/

Dialogues Citoyen: Entretien avec Geneviève Ancel, cofondatrice des « Dialogues en humanité » - Nouveaux espaces latinos

http://www.espaces-latinos.org/archives/92320?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm…

Dialogues en humanité 2020: une première édition en ligne - Lyon en France

https://www.lyonenfrance.com/2020/06/dialogues-en-humanite-2020-une-premiere.ht…

Rencontre des réseaux de citoyens du monde - Pressenza

https://www.pressenza.com/fr/2020/07/rencontre-des-reseaux-de-citoyens-du-monde/

Liens vers les photos, logos et affiches

https://dialoguesenhumanite.org/el-dialogues/

Vidéos

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Ancien Espace Presse

http://2019.dialoguesenhumanite.org/meetup/48/espace-media
http://2014.dialoguesenhumanite.org/page/23/espace-presse