Cr. 07 octobre 2018

Dialogues en humanité à l’international : Skype du 7 octobre 2018 (résumé CB)

Actualité évoquée :

  • les Dialogues en cours en Italie ;
  • les élections présidentielles aujourd’hui au Brésil ;
  • la «déferlante» des femmes dans le monde ;
  • le texte envoyé par Marcos en anglais.

Participants : Anne-Marie Codur (des USA), Debora Nunes et Emerson Sales (d’Inde), Geneviève Ancel (d’Italie), Dominique Picard et Patrick Viveret (de Paris), Marcos Arruda (du Brésil), Simone Kunegel et Christine Bisch (de Lyon).

Geneviève intervient brièvement au début : elle nous parle de la Marche pour la paix vers Assise et des Dialogues auxquels elle participe actuellement à Prato.

Debora soutient ses amis au Brésil et les encourage à diffuser au maximum les discours de Fernando Haddad, professeur d’université, ancien maire de Sao Paulo, homme posé, intelligent, pragmatique (soutenu par Lula) : candidat inconnu voilà trois semaines et devenu numéro 2 aux sondages. Le candidat n°1, d’extrême droite, Bolsonaro, est fou (publiquement pour la torture et la disparition de 30 000 de ses opposants depuis 1999, considérant une députée comme une chose «qui ne mérite même pas d’être violées» par lui… et la fille qu’il a eue après quatre fils comme »une faiblesse» !) Mais il est protégé (par les USA, les banquiers, les industriels, les conservateurs, la haute bourgeoisie…). Bolsonaro est tellement incapable d’argumenter face à ses adversaires (il ne connait même pas l’Histoire du Brésil) qu’un coup monté lui a permis de s’absenter du débat : un coup de couteau «malencontreux» a fait de lui une victime et même un héros, «sauveur de la corruption !» (alors qu’il a fait de la contrebande d’armes dans l’armée !), à l’abri des journalistes, incapable de quitter l’hôpital, pour éviter de ternir son «image», entièrement fabriquée… Pendant que les fake news sur Haddad, Lula et le PT inondent les réseaux sociaux. Mais, entre les deux tours (20 jours), Bolsonaro sera bien obligé de sortir au grand jour et de montrer son vrai visage (sauf événement nouveau !). Cela ouvre sur tous les espoirs… Quatre TV citoyennes ne cessent d’augmenter leur audience sur internet, face à la propagande des TV officielles. La qualité du candidat suppléant de Lula, l’alliance probable du centre et de la gauche et le mouvement des femmes constituent trois piliers favorables. Ce qui n’empêche pas un clivage, une polarisation, au Brésil, même au sein des familles, sous la pulsion de peurs diverses (cerveau reptilien), alimentées à l’envi par l’extrême droite. Emerson explique l’attachement à Bolsonaro par un réflexe de survie, la préférence pour une solution de facilité, l’ignorance, le manque de discernement face à des arguments pourtant faciles à contrer.

En ce qui concerne le mouvement des femmes, il se transforme en une véritable lame de fond et touche toutes les catégories. Simone se demande si cela ne concerne pas surtout les femmes d’un milieu privilégié mais plusieurs exemples prouvent que ce n’est plus le cas, au Brésil comme ailleurs. C’est un phénomène nouveau. L’organisation des femmes change : elles sont plus solidaires et osent s’exprimer en leur nom de femmes, même si elles sont vice-présidentes de partis «concurrents», par ailleurs. Les femmes voient plus facilement à long terme, relient des événements de natures différentes et sentent un réel danger contre lequel s’unir. 75% des femmes sont contre la dictature et pour la liberté, au Brésil. C’est, en réalité, une vague mondiale. Debora constate un «tsunami» des femmes, en Inde. Anne-Marie le confirme aux USA, dans la foulée de MeToo : les hommes se croient tout permis, les femmes en ont clairement assez et elles osent le dire ensemble, quelles que soient leurs opinions par ailleurs. Christine voit dans le mouvement NousToutes exactement le même phénomène irréversible et massif, en France. Tout récemment, à Lyon, une table ronde sur l’écologie, volontairement constituée exclusivement de femmes expertes, a abordé ce sujet d’une façon très inhabituelle et percutante, osant parler de sujets «tabous» en toute simplicité, avec beaucoup de respect réciproque et même d’admiration entre les intervenantes, pourtant d’avis contraires. Elles se sentent solidaires dans leur résistance, parfois héroïque, face aux attaques répétées des hommes qu’elles dérangent par leur pouvoir de convaincre ou de représenter un nombre important de personnes. 

Marcos résume le texte qu’il a envoyé au groupe en anglais et complète l’analyse par les scénarios possibles après l’élection de l’un ou l’autre des candidats (anarchie, dictature, pressions subies, coup d’Etat possible, soutenu ou non par Wall Street – Debora pense que le climat ne s’y prête pas et croit plus à un scénario impulsé par les femmes …). Marcos évoque aussi son vécu récent au Brésil. Les réactions pro Bolsonaro sont souvent violentes, irraisonnées, faisant de Lula le responsable de tout ce qui ne va pas au Brésil, sans élément tangible. Doit-on rencontrer quand même les personnes, individuellement, essayer de les convaincre ? Ou plutôt inonder les réseaux sociaux ? Utiliser uniquement des arguments positifs sur Haddad ou démontrer la corruption de Bolsonaro ? Faut-il s’adresser au cerveau instinctif (sans flatter l’ego mais en rassurant ? Comment ?) Au cerveau limbique (aux sentiments, aux valeurs, à la part féminine de chacun, en sachant que le courage n’est pas équitablement réparti…) ? Au cerveau rationnel, logique ? Aux trois cerveaux ou à l’un des trois, en fonction de l’interlocuteur ? Les avis divergent.

Qu’apprendre de cette tension au Brésil pour le reste du monde ? Comment maintenir un discours féminin d’espoir, de tolérance, d’amitié, d’art… tout en exerçant réellement une influence auprès du plus grand nombre, quelles que soient les capacités et les préférences cérébrales de chacun ?

Patrick parle des deux faces du dérèglement climatique (danger pour la Terre, d’un côté, et les Relations, de l’autre) et de trois enjeux : celui des femmes, celui des traditions religieuses et celui de l’écologie (cf le dernier rapport alarmant du Giec).

Christine pense que le mouvement des femmes n’est plus seulement un «enjeu» comme les autres mais, en gestation, un bouleversement radical des acteurs influents et des façons de penser et d’agir dans la société. Debora parle de «comprendre le monde par le coeur», comprendre les émotions, le désespoir… La force féminine dit «c’est l’heure !» Cela vient de nos tripes : ce n’est plus possible ! De se taire, d’accepter, de laisser la place… Pour les petites et les grandes choses. Le monde a besoin de voir les choses autrement. Le défi des Dialogues est sans doute d’intégrer cela. Nous sommes encore trop timides mais ça change ! Même les hommes qui savent s’ouvrir à leur féminité et les femmes qui s’engagent ont encore de vieux réflexes, sans doute des peurs inconscientes. Les Dialogues dans le monde sont presque partout initiés par des femmes qui se laissent souvent ensuite volontiers relayer, au premier plan, par des hommes. Les penseurs cités sont majoritairement des hommes, etc. Mais les choses sont en train de changer. Les femmes osent davantage. Anne-Marie renchérit en évoquant l’aplomb et la classe du Dr Christine Blasey Ford qui a accusé le juge Kavanaugh de tentative de viol (cf article de Time Magazine). Même les Républicains n’ont rien pu dire. Il y a peu, cela n’aurait pas été possible. La vidéo d’Anne-Marie va être traduite en français (et en portugais et en ???) : elle montre bien ce cri de révolte et d’empowerment, cette détermination des femmes. En politique (200 femmes venues de l’Alaska à Washington pour convaincre une députée…), en religion (rabbins femmes…) et dans tous les domaines.

Ce qui n’empêche pas que des peurs ancestrales viennent perturber, freiner ce mouvement de fond, en plus de la peur du changement. Peurs ressenties par les hommes, bien sûr : risque de perdre le pouvoir, d’être dominés, … Mais aussi (peut-être plus insidieuses ?) peurs des femmes, formatées depuis si longtemps à «rester à leur place», à douter, à culpabiliser, à servir, à pardonner, à aimer de manière inconditionnelle, façonnées par les traditions ou transformées par leur désir de ressembler aux hommes, d’amplifier leur part masculine pour exister. Ou tout simplement peur d’être trop puissantes ? Désir maternel de protéger les hommes ? Une chercheuse brésilienne a étudié le discours très conservateur de 8 000 femmes qui, à Rio, soutiennent Bolsonaro. Anne-Marie nous recommande de lire «Les monologues du vagin» d’Eve Ensler (violée par son père, donc devenue muette par formatage traumatique, en quelque sorte, et qui ose parler).

Debora salue la richesse de nos échanges d’aujourd’hui où les femmes se sont exprimées plus que d’habitude. Simone et plusieurs autres l’approuvent. A nous, dans notre réseau, dans notre entourage, de montrer l’exemple, d’avoir le courage d’exiger la parité partout où c’est possible, de nous effacer moins, d’oser davantage et d’insister pour une éducation à l’égalité des droits hommes / femmes et à la non-violence dès l’école maternelle !

;-)