Cr. 02 février 2014

Compte rendu réunion vidéo-conférence
dimanche 2 février 2014

Participants:

Patrick Viveret à Nanterre,
Débora Nunes et Emerson Sales à Salvador,
Geneviève Ancel et Simone Kunegel à Lyon,
Ryadh Sallem nous rejoignant par téléphone à la fin de la réunion pour un bel échange aussi.

Un comité restreint ce premier dimanche du mois de février, mais une session très productive, portant essentiellement, d’une part sur la gouvernance au sein des  Dialogues  et leur élargissement, d’autre part sur la participation du Réseau des Dialogues en humanité  à la conférence mondiale sur le changement climatique COP21 à Paris (30/11 au 11/12/2015).
Au cours de la deuxième partie de la réunion, Geneviève nous a fait part des dernières nouvelles à Lyon et ailleurs et Débora de l’état d’avancement du livre sur les nouveaux collectifs citoyens qu’elle co-écrit avec Ivan Maltcheff.

Gouvernance au sein des Dialogues et élargissement

Débora propose de mettre notre énergie sur quelque chose de très concret si nous prenons la responsabilité collective d’agir lors de la COP 21 (conférence climat). Mais nous voulons progresser sur la question de la gouvernance et la méthodologie de prise de décision. Patrick préconise que nous procédions ainsi :

  • S’il y a des objectifs partagés dans le cadre d’un projet constitué et accord sur les choix d’orientation : méthode du consentement, qui permet à chacun de foncer ;
  • en cas d’objection : on traite l’objection et on propose une alternative sur la base du consensus.

Débora propose qu’en guise d’essai, des membres du Conseil international soient mandatés pour chercher des partenaires dans des réseaux qui travaillent dans le même esprit et qui participeraient aussi aux prochains Dialogues de Lyon.

Puisque nous collaborons déjà sur différents territoires et à des échelles diverses, nous devons potentialiser ces dynamiques, notamment avec:

  •  - February Dialogues, qui partagent très concrètement les actions sur le changement climatique en l’Asie-Pacifique ;
  • - en France/en Europe : CCFD, 4D- Dossiers et Débats pour le Développement Durable, Eurocities, Energy Cities, etc.
  • - les Etats Généraux du Pouvoir Citoyen (qui ont déjà fait converger 143 collectifs et associations en France) et sont en lien avec de nombreux réseaux.

Il s’agit donc davantage de voir où concentrer nos efforts. C’est plutôt l’abondance que le manque de possibilités qu’il faudra savoir gérer. 

Participation des Dialogues à COP 21

Sur la base de la politique de l’amitié, nous devons inciter les organisateurs de la conférence à ‘faire un pas de côté’, à considérer les enjeux climatiques sous un angle différent, en montrant que la question des émotions humaines est centrale et qu’elle doit être un préalable à toute discussion sur le climat.  Comment maximiser l’impact de nos convictions et efforts, alors qu’à Rio+20  300 000 personnes se sont mobilisées pour des manifestations parallèles sans que cela semble avoir influencé les négociations officielles ? Mais n’était-ce pas la même attitude de la part des spécialistes quelques semaines avant la chute du mur de Berlin ?

Partenariats à engager

En tant que réseau des Dialogues en humanité nous n’avons pas les moyens de prendre les rênes, du fait de la charge de travail que cela représenterait (mi-temps permanent jusqu’en 2015 !). Il nous faut donc nous greffer sur l’événement en travaillant en partenariat avec tous les réseaux déjà mobilisés par l’association 4D (cf. Marie Chéron et Vaia Tuhia), le CCFD, le Défistival, puisque Ryadh travaille en ligne directe avec Anne Hidalgo – dont l’élection à la Mairie de Paris faciliterait peut-être les choses (cf. Cr. précédent).

Autres partenaires, dont certains sont déjà nos alliés objectifs, à considérer en priorité :

  • ONG telles le Réseau Action Climat (RAC), représentant français du Climate Action Network (CAN), qui regroupe 450 ONG de par le monde, Michel Mousel, responsable politique et énarque qui n’a pas renoncé à ses convictions, négociateur du Protocole de Kyoto, a rendu possible les Dialogues pour la Terre, qui a leur tour ont rendu possibles les Dialogues en Humanité, Brice Lalonde;
  • des institutionnels, tels les collectivités territoriales en France - par exemple par l’intermédiaire de Ronan Dantec, sénateur d’Europe Ecologie les Verts, vice-président de l’agglomération de Nantes, et du CGLU (réseau des élus Cités et Gouvernements Locaux Unis) - mais aussi les réseaux au Brésil, en Inde et en Afrique ; 
  • des scientifiques (Jean Jouzel, réseaux d’Emerson….)

La perspective que veulent apporter les Dialogues inviterait ‘à lever le nez du guidon’, à sortir des intérêts de chaque pays en considérant la question du climat sous l’angle de sa cause et de son impact humain. Les Dialogues, qui bien que petits, commencent à jouir d’un certain respect, peuvent aussi contribuer au tissage de liens entre des acteurs comme les scientifiques et les militants/activistes, que Siddhârta ou 4D tentent de promouvoir.

Nos atouts

Nous avons une expérience dans le domaine du climat et du développement durable :

  • les Dialogues  sont nés précisément à la suite du sommet de Johannesburg de 2002. Lors de leurs premières éditions, la veille d’événements internationaux tels Biovision 2004, les Dialogues sont intervenus, par exemple en amenant partisans et adversaires des OGM à rédiger un texte commun sur la santé et l’alimentation dans le monde avec la question humaine en préalable.
  • les Dialogues de Bangalore sont un excellent laboratoire pour se pencher sur la question des changements climatiques (cf. le programme envoyé par Siddhârta) bien que l’Inde soit précisément le pays parmi les émergents qui refuse de s’engager sur la réduction des gaz à effet de serre, essentiellement pour des raisons électorales.

Mise en œuvre

Pour être prêts en 2015, il est impératif que nous agissions dès à présent en faisant un travail préalable d’approfondissement. Dans un premier temps :

  • mobiliser notre réseau pour impulser une énergie collaborative 
  • identifier les personnes disponibles à Paris pour se rendre aux réunions, qui prendront beaucoup de temps. Peut-être celles citées précédemment : Marie Chéron, Ronan Dantec, personnes du CCFD et du RAC, peut-être Nadine, Fazette ? Nous pourrons intervenir pour les appuyer aux moments-clés, et préfigurer les actions lors des Dialogues en Inde, au Bénin, En Tunisie et à Lyon en juillet
  • lors de la prochaine téléréunion : chacun précisera ce qu’il peut apporter
  • possibilité d’une conférence préparatoire pour consolider les alliances.

Quant à la gestion d’un projet collectif de ce type, il s’agit d’être réaliste et idéaliste à la fois et placer le curseur à mi-chemin entre gestion et ‘laissez-faire’. Forte de son expérience réussie du Brechó 2013, Débora suggère de se lancer avec confiance selon le principe que quand l’objectif est clair, les choses avancent d’elles-mêmes. Comme nous l’ont enseigné Stéphane Hessel et Edgar Morin, nous devons garder en mémoire les retournements imprévus de l’histoire en faveur des causes justes, car le pire n’est pas toujours sûr : victoire sur le nazisme, fin du colonialisme, chute du Mur de Berlin, etc. 

Patrick est d’accord pour s’engager dans des stratégies préventives, dans la joie de vivre, réelle alternative à la peur. Ne pas être seulement dans l’activisme militant généré par la peur pour ne pas participer du problème plutôt que de sa solution et s’attaquer à la racine de la peur. Adepte de Lao Tseu, il préconise l’attitude qui consiste à ‘se mettre dans le flux’ : l’humanité doit accepter que le lien avec la planète puisse être moins doux et se tourner vers des convergences comme Alernatiba.  Il ne s’agit pas d’être passif, mais bien d’affronter la réalité en changeant de posture.  Pas de contradiction avec la stratégie proactive proposée par Débora : nous pouvons agir dans une logique de joie de vivre et de ‘bién vivir’ en parlant ‘au cœur des gens’. 

Geneviève demande que notre soutien à tous ceux qui œuvrent en faveur de la biodiversité et de la lutte contre le changement climatique soit permanent, non seulement lors de manifestations spécifiques, mais aussi au jour le jour pour épauler ceux qui se sentent seuls dans leur action, comme les fermiers bio par exemple.

NOUVELLES

Dialogues de Porto Novo, Bénin 

Ils se présentent sous les meilleurs auspices :

  • une tentative de quelques universitaires et institutionnels de détourner l’esprit des Dialogues  en supprimant les ateliers du sensible a rapidement été jugulée et les ateliers ont retrouvé leur juste place, tandis que de nombreux jeunes et associations se sont engagés à participer ;
  • mobilisation massive du réseau des Dialogues (voir CR précédents) avec la participation de plusieurs d’entre nous : Geneviève, Shoki Ali Said, Talal Lafrie, etc. La présence de Patrick, qui a réussi à dégager du temps dans son emploi du temps très chargé, donnera une impulsion capitale dans le contexte africain, de même que celle de Débora – dont le billet sera partiellement prise en charge par l’association Dialogues en humanité - du fait des liens historiques entre le Bénin et le Brésil, à Bahia en particulier. 

Nouveaux partenariats

Mobilisation de plus en plus grande :

  • Mémorial de Montluc, lieu hautement symbolique, ancienne prison où ont séjourné notamment Jean Moulin, les enfants déportés d’Yzieu, Klaus Barbie et des prisonniers politiques chinois et algériens : Geneviève s’y est rendue avec ‘notre’ chorégraphe Azdine Benyoucef. Les responsables envisagent des Dialogues à la veille de nos 3 jours au Parc avec des intervenants ayant vécu la dernière guerre et des témoins, anciens prisonniers et torturés politiques de France, d’Afrique, d’Amérique du Sud notamment.
  • Courrier International : la rédactrice en chef adjointe Catherine André, très impliquée en 2010 et à nouveau depuis 2013, est en passe de quitter son poste et est prête à faire bénéficier les Dialogues de son réseau.

Ouvrage de Débora

Débora pense finir son livre sur les nouveaux collectifs citoyens avant avril. Le 3e chapitre sera consacré aux Dialogues et à la gouvernance. La préface a  été rédigée par Ordep Serra, anthropologue, chercheur et professeur à Salvador. Débora souhaiterait que Patrick rédige la postface.

Prochaine vidéo-conférence ( 2 mars) :

Travail sur la gouvernance.
Patrick espère que ses contacts à Bruxelles seront présents, notamment Fabienne Massart des Compagnons de la Transition, ainsi qu’Anne Marie Codur aux USA.

Notre réunion se termine sur une évocation de la fête de Iemanjá, déesse afro-brésilienne des mers et une jolie méditation : nous nous relions par les mers, les océans, les baies que nous connaissons et demandons à Iemanjá de renforcer notre lien et de nous montrer le chemin, que nous suivrons joyeusement.

Post-scriptum entre Ryadh, Geneviève et Simone :

Ryadh réagit en tant que sportif en insistant : «J’accepte l’échec si j’ai tout fait pour ne pas échouer. Si on ne mène pas le combat, la victoire ne peut pas exister. L’être humain a le choix d’inverser son destin ».

Pour la préparation des Dialogues de Lyon ‘Réussir le XXIème siècle comme alternative à la peur, à la violence et à la guerre’, Ryadh explique que la douleur, la peur et la violence sont des éléments naturels, de même qu’il y a de bonnes et de mauvaises bactéries (microbes ou bactéries, moisissures dans le fromage). Nous devons apprendre à transformer les énergies violentes et destructrices en énergies créatrices et constructives. Transformer les injustices en les prenant en compte pour se fortifier ; apprendre à intégrer douleur physique et morale. Appuyer et accompagner avec amour. Tout ne peut se faire sans aucune souffrance, or aujourd’hui lorsque certains jeunes souffrent, ils préfèrent mourir plutôt que de faire face à la douleur et à l’injustice. Nous devons savoir valoriser la compassion, le bon cœur, la gentillesse, l’altruisme. Pourquoi le mot ‘gentil’ a-t-il souvent une connotation négative (‘il est bien gentil’!)

La capacité de collaborer est différente de la réussite individuelle.

« Moi, dit Ryadh, dans notre système élitiste, on me reproche souvent de réussir alors que je suis sorti de nulle part, ni famille riche, ni grandes écoles. »

Les parcours d’Azdine et de Ryadh donnent envie d’applaudir toutes les réussites y compris les décalées. Proposition de créer la culture du talent plus que de l’élite !